Il y a des endroits où Saigon s’arrête. Où la ville bruyante et débordante laisse place à la fumée d’encens, au murmure des prières, aux reflets de l’eau sur des carapaces de tortues. La pagode de l’Empereur de Jade est l’un de ces endroits. Et on y revient toujours, même après vingt ans de circuits dans cette ville.

En mai 2016, Barack Obama est venu ici. Il a retiré ses chaussures, il a salué les moines, il a observé en silence les fidèles en prière. Ce moment n’était pas sur son agenda officiel. Il a demandé à s’y arrêter. Ça dit beaucoup sur ce que dégage cet endroit.

Qu’est-ce que la pagode de l’Empereur de Jade, exactement ?

La pagode s’appelle Chùa Ngọc Hoàng en vietnamien. Ngọc Hoàng, c’est l’Empereur de Jade, le souverain suprême du ciel dans la cosmologie taoïste. Ce n’est pas un temple bouddhiste. Ce n’est pas un temple taoïste non plus. C’est les deux à la fois, ce qui est rare, même au Vietnam.

Elle a été construite en 1909 par une communauté des Chinois immigrés de la province de Guangdong, dans le sud de la Chine. Ces fondateurs ont apporté avec eux leurs croyances : un mélange de taoïsme, de bouddhisme mahayana et de cultes populaires chinois. Ce syncrétisme, c’est exactement ce qu’on ressent à l’intérieur. Une pagode bouddhiste classique n’a pas ces sculptures de l’enfer aux murs. Une pagode taoïste n’a pas de statue de Kuan Yin au dernier étage. Ici, il y a tout.

Pagode de Jade

Ce qu’on voit à l’intérieur : une cosmologie complète

La salle principale est dominée par l’Empereur de Jade lui-même, trônant au fond, encadré de deux assistants. À sa gauche : le Dieu de l’Enfer, qui envoie les pécheurs vers l’un des dix niveaux des enfers. Sur les murs latéraux, des bas-reliefs racontent ces punitions avec un réalisme saisissant, des scènes de jugement, de supplices, de rédemption.

Ce n’est pas macabre pour autant. C’est vivant. Des femmes récitent des mantras à voix basse. Un vieil homme ajuste une bougie. Deux adolescents regardent les sculptures, interloqués.

Dans une salle latérale, la déesse Kim Hua veille sur la fertilité. Des couples viennent lui demander la venue d’un enfant. Ses effigies, entourées de silhouettes de bébés et de jeunes femmes, sont couvertes de fleurs fraîches.

Au dernier étage — accessible par un escalier étroit — Kuan Yin, déesse de la miséricorde, dispose d’un autel à part. L’atmosphère y est plus sereine, plus haute, plus apaisée.

Empereur de Jade

Les tortues : un rituel, pas du folklore

Dans la cour extérieure, un bassin abrite des dizaines de tortues. Les fidèles leur offrent des herbes, des feuilles. On peut aussi acheter de petits poissons rouges ou des tortues à l’entrée, et les relâcher dans l’eau.

Ce geste s’appelle phóng sinh: le « lâcher d’êtres vivants ». C’est un acte de compassion bouddhiste : libérer un être vivant, c’est accumuler du mérite, alléger ses propres chaînes karmiques. Ce n’est pas une attraction pour touristes. C’est un rituel quotidien que pratiquent des milliers de Vietnamiens.

Petit détail qui change tout : regardez les tortues de près. Certaines portent des marques rouges sur la carapace: des tortues relâchées à plusieurs reprises. Elles sont revenues.

Vaut-elle vraiment le détour ?

Honnêtement ? Oui, même pour un voyageur qui n’est pas particulièrement spirituel.

Ce n’est pas un grand site historique. La pagode est petite. Elle n’est pas au centre. Mais elle est vivante et c’est rare à Saigon, où les temples sont souvent figés entre deux visites de groupes.

Ce qu’on voit ici, c’est la religion populaire vietnamienne en train de se pratiquer. Pas des reconstitutions. Des gens qui viennent le mardi matin prier pour leurs proches malades, pour un examen, pour un enfant qui tarde à venir. On ramène nos groupes ici depuis 2003. C’est toujours le lieu qui génère le plus de questions, le plus de silences, le plus de conversations dans le bus après.

Infos pratiques

  • Nom vietnamien : Chùa Ngọc Hoàng (aussi appelée Chùa Phước Hải)
  • Adresse : 73 Maï Thi Lưu, Đa Kao, Quận 1, Hô Chi Minh-Ville Horaires :
  • Ouvert tous les jours de 6h à 18h
  • Entrée : Gratuite
  • Durée de visite : 30 à 45 minutes
  • Code vestimentaire : épaules et genoux couverts. Des sarongs sont disponibles à l’entrée si besoin. Retirez vos chaussures avant d’entrer dans chaque salle.
  • Photos : autorisées, avec discrétion pendant les prières. Ne pas photographier les fidèles de près sans leur accord.

Meilleur moment : tôt le matin (6h-8h30) pour l’atmosphère des prières, ou en semaine. Éviter le dimanche, les 1er et 15eme jour du mois lunaire et les jours de fête.

Comment y aller et quoi combiner ?

La pagode se trouve dans le quartier Đa Kao, à environ 15 minutes à pied du marché Ben Thanh. En Grab, compter 5 à 10 minutes depuis le centre.

Dans le même quartier, deux adresses à combiner :

L’église Tan Dinh (10 minutes à pied) : une façade rose bonbon posée au milieu des rues populaires, construite en 1870. Personne ne la cherche, tout le monde la photographie.

Le parc Lê Văn Tám : pour souffler après la densité spirituelle de la pagode.

Et si vous voulez aller plus loin dans les temples de la région, le temple de Cao Daï à Tây Ninh vaut une journée entière — une autre religion syncrétique, cette fois d’invention purement vietnamienne.

Ce que nos voyageurs nous demandent avant d’y aller

Peut-on entrer dans la pagode sans être bouddhiste ou taoïste ? Oui, sans réserve. La pagode est ouverte à tous. Les seules attentes : tenue décente, voix basse, téléphone rangé pendant les prières.

Est-ce qu’on peut acheter des tortues pour les relâcher ? Oui, des vendeurs sont présents à l’entrée. Compter 20 000 à 50 000 VND pour un petit poisson, plus pour une tortue. Ce geste est bien vu — ce n’est pas du tourisme de curiosité, c’est un rituel partagé.

C’est loin du centre de Saigon ? Non. Moins de 2 km du carrefour Ben Thanh. En Grab, 5 à 8 minutes.

La pagode est-elle accessible en fauteuil roulant ? Partiellement. La cour extérieure et la salle principale sont accessibles de plain-pied. Les salles latérales et l’étage supérieur nécessitent des escaliers.

La pagode de l’Empereur de Jade fait partie de nos itinéraires Saigon, souvent combinée avec le marché Ben Thanh, les tunnels de Củ Chi ou le temple de Cao Daï. Voir nos circuits au Vietnam

Dong Nguyen

A propos de l'auteur

Dong Nguyen

Guide touristique international certifié, Licence N° 101 100 664 délivrée par l'Autorité Nationale du Tourisme du Vietnam (langue : français, valide jusqu'en 2029), Dong Nguyen guide des voyageurs francophones à travers le Vietnam depuis 2003. Plus de 3 000 voyageurs accompagnés au Vietnam, au Laos et au Cambodge en plus de vingt ans de terrain : circuits construits sur le terrain, prestataires connus de longue date, itinéraires testés en petit groupe ou en voyage privé sur mesure. En 2018, il fonde Capannam Travel à Hanoï pour proposer ces mêmes voyages dans un cadre structuré, avec une équipe. Ses articles s'appuient sur ce qu'il a vu, fait et vérifié depuis 2003. Pas sur ce qu'on lui a dit.

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